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Il fait froid ces derniers jours sur la Défense. L'appel de la cantine se fait d'autant plus puissant qu'elle est à quelques mètres de l'entreprise. Cependant le soleil faufile entre les immeubles des rayons qui semblent suffisament chaud. Je tente la sortie pour aller voir quelques unes des sculptures qui parsèment la Défense, et essayer de trouver enfin cette maudite église qu'on vante comme intéressante architecturalement...

...et le regrette amèrement quelques minutes plus tard, lorsque le froid a réussi à trouver l'entrebaillement du vètement, la manche un peu large, les doigts mal cachés dans les poches.
Mais malgré le froid, toutes sortes d'activité battent leur plein. Une armée de personnes frappent vivement l'esplanade du pied, sortis sans doute appatés par le soleil eux aussi. Les gens mâchent un sandwich, discutent, achètent... Des activités typiquements humaines.
Sur les immeubles alentours, l'autre espèce présente fait preuve de plus de discernement; on distingue en effet des brochettes immobiles de pigeons surgelés, roulés en boule duveteuses, le bec soigneusement plaqué sur le poitrail.

C'est alors qu'elle apparait. Une femme dans la quarantaine, habillée de gris et de rouge. Elle va se placer au milieu d'un cercle de gazon qui se trouve en plein milieu de l'esplanade et fouille dans son sac. L'agitation commence à se faire sentir alentour; quelques boules se déplient et tombent jusqu'à ses pieds.
Sans un regard autour d'elle, en gestes précis, elle sort de son sac un paquet de riz qu'elle brandit avant de le crever. Le riz s'écoule. Les brochettes déploient des ailes engourdies et s'élèvent jusqu'au centre du cercle de gazon. La femme s'écarte du centre, laissant la place aux pigeons, et commence à tourner en cercles autour du troupeau de volatiles. Ces derniers ne désirant pas laisser échapper leur repas, se regroupent de plus en plus. Les cercles de la femme continuent, jusqu'à ce que le paquet de riz soit vide. Elle le range alors et repart d'un pas vif sans se retourner une seule fois.

Je reste regarder la transformation. Les pigeons baissent de moins en moins souvent la tête, et reprennent peu à peu leur forme de boule, sans retourner sur les immeubles. Après quelques minutes, on ne voit presque plus la différence avec une des innombrables autres sculptures de l'esplanade. "Boules grises sur fond vert", composée de gazons et de pigeons en hyporthermie. Je reprends ma route d'humain et décide d'aller acheter quelque chose.
Lorsque je repasse vingt minutes après, les pigeons sont toujours là. Je pense en repartant travailler qu'ils resteront ainsi jusqu'au soir, et que demain cette femme recommencera une nouvelle composition vivante sur le cercle de pelouse.

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