Feb. 18th, 2005

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Swoosh, swoosh, swoosh, swoosh...
Le son visqueux des portes à air comprimé du métro tous les matins et tous les soirs, comme le battement d'un coeur gigantesque qui alimente en énergie la Défense.
Le matin, tous secoués comme des globules humains, chargés d'un oxygène essentiel au fonctionnement de la grande machinerie, nous accourons déverser notre énergie dans les piliers de verre.
Le soir, nous sommes mollement expulsés, renvoyés à nos pénates pour reprendre notre souffle, nous ressourcer, afin de retrouver tout notre potentiel le lendemain et être à nouveau attiré dans le ballet des ventricules de caoutchouc qui se contractent, des ascenseurs qui soufflent, des portes qui sifflent...

Organisme parasitaire nouvelle génération, qui détourne le flux des humains à son profit, collé comme une sangsue métallique à la peau tannée et burinée de Paris.
Organisme parasitaire hautement efficace, qui réussit à éviter la sénescence depuis des années en refusant que l'humanité le pollue. Organisme fascinant, élégant, qui empoisonne les esprits, les trompe et se prétend lieu de vie et d'échange quand on ne fait qu'y déverser; insatiable consommateur d'énergie, d'argent, de temps...
Organisme qui réussit à nous convaincre que les sacrifices que lui consentons sont un faible prix à payer comparé à ce qu'il nous offre; comme nous nous laissons tromper facilement.

Allez, je suis loin d'être malheureux de quitter la Défense, au contraire. Mes collègues et moi parlons de ce départ depuis notre arrivée, une sorte de carotte qui nous faisait tenir au long des longues journées à attendre l'illumination de la Tour Eiffel qui signalait l'heure du départ. Néammoins, un peu de frustration se mèle à ma joie; l'organisme m'a plus resisté que ce que j'avais pensé, érodant ma détermination, refusant de se plier à l'humain.

Au final c'est peut être ce qui m'attriste le plus; l'arrogance de ce lieu créé par les humains, et ou nous sentons pourtant que nous n'avons aucune place. Les dimensions délirantes, l'immensité invivable de ces hectares de béton, de marbre, de glace.
La sombre beauté de la chose, c'est que la Défense parvient à manipuler ceux qui y viennent pour qu'ils se transforment en garants de sa survie; d'une certaine manière, les humains se mettent à agir en anticorps de la Défense. Chaque chose à sa place, un univers bien rangé et bien propre, et pas une tête qui dépasse des autres; la plaque à tag sous l'arche en est une triste preuve.


Ce soir, je prendrai le métro pour une dernière fois. Je regarderai encore un peu la tour Initiale qui a refusé de me dire le secret qui se cache derrière sa lumière dès que le soir tombe. Je regretterai de n'avoir pas parlé de la station de métro qui se cache sous la Défense, oubliée, ni des arbres numérotés pour chaque famille des Tours Shadok...
Bye bye, la Défense. Ca a été intéressant...



Samy,
18 février 2005

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