Jan. 18th, 2005

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La tour Eiffel cache son port de reine dans les brumes qui recouvrent Paris. Montparnasse n'est qu'un bloc qui s'esquisse dans l'opaque; la ville n'existe plus, dévorée par les nuées blanches qui se pressent autour de la Défense.

La Défense. Le nom est bizarrement choisi, à la limite du paranoïaque; de quels dangers nous protège cet univers de batiments rutilants, ce non-lieu ou toutes les surfaces semblent être nettoyées par d'invisibles monomaniaques? Dans cet univers surhygiénique, brillant comme un emballage d'aluminium sans contenu, qui est l'ennemi? En contemplant le spectacle de cette morne matinée du haut de mon 11ème étage, je me dis qu'à la Défense on se protège contre la vie; on laisse la ville avec ses habitants qui puent, qui baisent, qui crient derrière soi. On est sur une île de propreté cernée par la brume, et autour de nous il n'y a que les tours semblables à la notre qui émergent de la ouate rassurante, divinités garantes du bon port de la cravate et du tailleur.

Ici, tout doit promouvoir l'efficacité. On est pas là pour rire. Même les batiments ou l'on pourrait flaner dans une tentative de consumérisme un peu personnalisée donnent une impression de vitesse, de rapidité, d'impermanence. Les rares lieux que j'ai vu ou l'on pourrait penser se reposer sont habités d'espèces de sculptures représentant des créatures bizarres, quelque peu répugnantes, ressemblant au monstre du Lagon Noir; leur regard sur le badaud perdu à la recherche d'une bouffée de chlorophylle est accusateur: "quel mécréant ètes vous pour flaner là ou tous se hatent? Païen!"

Alors voilà; comme à chaque début de nouvelle situation professionnelle, je vais déprimer. Et peut-être que certains d'entre vous verrons un avantage à cela, puisque lorsque je déprime, j'écris.
Je ferai de mon mieux pour vous fournir des nouvelles de la Défense, et n'hésitez pas à me répondre, pour que je me souvienne que derrière les brumes se trouvent toujours des êtres humains!

See you soon, humans!
Samy

ps: je vais essayer de faire une chronique quotidienne, un peu à la "Poil de Cairote", car je me trouve "véritablement" en pays étrange et étranger. Un peu comme mes parents qui disaient de la Belgique que c'était le lieu le plus dépaysant qu'ils aient jamais connu...
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Le déjeuner est une activité très importante à la Défense. A l'approche de midi, réglés comme des coucous suisses, les ascenseurs des différents bâtiments s'agitent pour transporter leur lot d'affamés vers les lieux ou assouvir leur appétit.
En dehors de l'assortiment de restaurants qui proposent un exotisme pas trop dépaysant, il reste toujours l'infantilisante cantine d'entreprise.

La cantine; lorsqu'elle est japonaise, je m'imagine des chefs secouant en criant des pâtes derrière leur comptoir, faisant glisser des bols de ramen vers des hommes d'affaire et des dames élégantes qui les engloutissent à grands slurps. Lorsqu'elle est indienne, je vois de gigantesques assiettes de dâl avalées à renfort de nâan et de bière dans une gargote sombre sous le bruit de la télévision qui beugle le dernier clip à la mode. Je m'imagine un lieu avec une âme.
J'avais oublié la cantine d'entreprise...
Ici, on retrouve le petit plateau sur lequel on entasse précautionneusement entrée-plat-dessert ; on retrouve l'esprit du collège, avec les clans, les groupes, les amours et les haines; on retrouve aussi les tables de 6, 9, 12 remplies toujours trop vite pour ne pas laisser de place à la personne avec laquelle on ne veut pas discuter. J'ai l'impression d'être revenu au collège, avec les adultes dans le rôle des enfants.
Il faut dire que tout est fait pour nous remettre dans ce rôle de gamin; la nourriture est pré-fabriquée, pré-emballée, pré-mesurée, pré-digérée. La portion du voisin n'a rien à envier à la votre, même s'il a choisi un plat différent. Et pas besoin de débarasser sa table, il suffit de déposer le plateau sur un tapis roulant qui emmène ce qui a été sali à l'abri des regards. Je suppose qu'on trouve derrière les murs les mêmes nettoyeurs invisibles que ceux qui se chargent d'éliminer toutes les ordures du parvis de la Défense.
Bref, la cantine est un lieu ou on peut accrocher son cerveau à l'entrée pour le récupérer plus tard.

Et par un procédé ingénieux, sans doute le produit de nombreuses années de recherche, j'ai beau couvrir mon plat d'une poudre nommée "paprika doux", il a toujours le même goût d'eau.
Je suis impressionné. Impressionné et rassasié, mais un peu insatisfait...

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