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it's been too long since i allowed myself the pleasure of quoting the best robot in the entire universe, so let me indulge: "it's not ironic, it's coincidental!"
i should be - according to modern science - reduced to a small puddle of proteins trying to reach back a human status through the uncanny power of making sad "meeeh" sounds. and yet, i thrive. again!

the lack of sleep had turned me into a sad sad zombie, owning a brain that was completely unused. the global not-being-well of friends was taking its toll on my super powers of opticynicism (the optimism that bites back with a vengeance) and as a lovely addition, i wasn't really up to my reputation of nice boyfriend. but things change. hooray for change!

now, sleeping is not important anymore, since i've evolved beyond the need for sleep with the help of sevencoffeesaday, my new good friend. i noticed that i tend to cackle a bit more that previously, but that's okay since people at work say it goes well with the shaking and the brown teeth. and since my brain wasn't of any use, i sold it to a nice man named Igor who paid me with what seems to be a cartload of coffins. you, dear reader, cannot imagine how one soars through the memeland without a brain lashing you to what is called common sense. i'm currently sipping some Verdana Frappée while i'm using the Saint-Mont-Gic client to write this letter. i won't bore you with the cascades of List i bathed in previously with a very nice Interfazza...

as a bonus, i have evidence that my friends are getting better; they see things clearer now than ever so i threw empathy in the deal with Igor as a bonus. in exchange he promised me i'd have a new body soon. but he told me first i would have to stop eating for me to fit. i'm not ready yet, but i think i may be getting the hang of it since it's less and less difficult. i only fall for gossips which i swallow whole with a bit of lemon and salt spread on top. i love me some fresh gossips
friends who don't have to go better since they seem to be pretty well already are either pregnant or working lots of time. the ones working are having bosses and no time because i think time is eaten by bosses. we must kill bosses to have time, but we must take time to kill the bosses and don't have the time to kill them, which is too bad.
pregnant friends are aplenty because they shine so much they seem to exist more in the world than other friends who seem to exist less. pregnant friends are beautiful; makes me wish i was pregnant. but i'm not so i try to be a peasant on a horse protecting them from harm coming in the streets of Paris. like during the Revolution with less guillotines

i have the weird feeling this post is escaping me and that it is trying to get a life of his own. go little post, fly to the mainstream and reproduce and have lots of nonsense, on the rocks

i'm flattering myself thinking i should join the brotherhood of Dada
vrittis: (LIT)
marrant comme les modes vont et viennent à la manière de vagues dans un groupe
en l'occurence j'ai la tenace impression que le dernier élément à la mode est la gestion du mensonge/vérité

mensonge pour ne pas affronter une opposition, mensonge par honte... tous les derniers mensonges que j'ai rencontré - qu'ils soient actifs, par ommission, ou autres types exotiques (quelqu'un a déjà fait une taxonomie du mensonge?) - géraient la honte, et plus spécifiquement la honte de la sexualité.
le pire, avec un de ces mensonges, c'est qu'une fois que j'ai connaissance de son existence, je me retrouve face à deux choix possibles: participer et laisser le mensonge me pourrir de l'intérieur, ou ne pas vouloir me taire et être un traitre...

de la même manière, à chaque fois que j'ai parlé de la vérité ces derniers temps c'était aussi en rapport avec la sexualité... Union libre, un amant pour son 4 heures avoué, autres extras ?

j'en tire une conclusion superbe que vous pouvez répéter dans les dîners en ville: c'est le printemps, y'a du soleil!
vrittis: (Default)
Coming to this old place, this place i deserted almost two years ago, is like coming to a memorial. Here lie the promises of a newer future, the promises that i was out of something bad, said something making me talk into the abyss that is the internet, the promises that i was out of this shit....
yet here i am, watching old friends change, new friends change too (why not) and wondering if my wanting to come back to this place is a good sign, or a very bad sign... Is my life so unfullfilling that i need to confess to a void that will only send me - no offense meant - the point of view of people completely outside what i've been living these two last years...
in the end, what is apthetic, the struggle on the internet/livejournal/whatever or the fight to get something meaningful from every day i spend?

damn it, i don't know, i don't care, i was just shouting into the void. anyone out there?

ps: my, how the decoration has changed
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Je m'approche de la gigantesque baie vitrée et plonge mon regard sur l'esplanade. J'y suis! 19ème étage, Tour EDF, vue sur l'Arche et les fourmis humaines qui crapahutent à l'assaut de ses marches. Un oiseau passe près de moi dans une débauche frénétique de coups d'ailes qui le maintiennent difficilement en l'air, et je me fais la réflexion qu'il faut décidémment remuer beaucoup d'air pour rester dans les hauteurs à la Défense.

La petite troupe qui remplit la salle ne me contredit pas, une bande d'uniformes qui se remplit de café en attendant le début de la présentation, et qui discute en se lançant des rafales d'acronymes comme si dire les mots entiers pouvait les user.
Je traduis mentalement: Bihaye, ça doit remplacer l'oxymoron Business Intelligence. Cédécé se traduirait bien par Consumer Data Center, mais je décide que pour le reste de la réunion la signification du sigle sera C'est Des Conneries. Je me contente de rigoler dans ma barbe en les écoutant, camouflé par mon déguisement de lapin parmi les loups.
Une chemise pour commencer, soigneusement portée avec une originalité folle car elle n'est ni blanche, ni cravatée. Rasé de près, aussi. Puis mes cheveux, que j'ai lavé le matin même et qui n'ont pas encore eu l'occasion ou le courage de se boucler en factions séparatistes.
Lorsque la réunion commence, je suis encore incognito.

Rien de particulier à dire sur les paroles ronronnantes qui commencent alors leur travail de sape. L'effet infantilisant de la Défense prend rapidement tout son effet; les gens commencent à regarder les plateaux de viennoiseries proposées avec l'air avide de gamins devant un marchand de bonbon, personne n'osant en prendre en premier de peur de se faire gronder par le somnifère qui fait la présentation. Ce dernier
gesticule devant un tableau qu'il ne cesse de montrer, d'abord dans un sens, dans l'autre, d'une autre couleur, d'une autre police. Moi j'attends patiemment...

Cinq minutes après le début de la réunion, le premier téléphone sonne, et la partie divertissante commence. Chaque homme d'affaire a sa manière particulière de sauter comme un petit cabri lorsque la sonnerie - forcément ridicule - retentit; chacun sa manière de se tortiller pour faire semblant de ne pas prendre l'appel mais regarder quand même qui appelle; chacun sa petite manie, tripoter l'appareil comme si un massage l'empèchera de piailler, l'aligner avec son bloc-notes... ; tous avec un air si fautif qu'on leur donnerait presque le conseil évident qui ne semble absolument pas leur venir à l'esprit, éteindre leur bestiau.
Le temps passe, entrecoupé de Lambada, de bruits de sonars et des premiers machonnements lorsqu'enfin la faim vainc la barrière du regard de l'autre.

Finalement, la réunion se termine. On nous distribue quelques machins publicitaires, et les conversations à base d'acronymes reprennent. Je retrouve mon poste à la fenètre et recommence à regarder. D'autres oiseaux passent et je me plais à imaginer que celui que j'ai vu tout à l'heure est parmi eux, qu'il a accompli quelque chose d'utile, lui, au lieu d'aller à une réunion pour voir des hommes d'affaire sautiller
sur une chaise sous les caresses de leurs vibromasseurs musicaux.

Mais malgré tout, je suis heureux; j'ai été au 19ème étage et alors même que mes pieds sont sur le plancher des boeufs, j'ai l'esprit rempli d'un doux sentiment de revanche à n'être venu ici que pour les hauteurs. Mes cheveux séchés commencent à friser l'indécence. Je fuis avant que quelqu'un me demande ce que je fais là.
1 partout, la balle au centre.
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Swoosh, swoosh, swoosh, swoosh...
Le son visqueux des portes à air comprimé du métro tous les matins et tous les soirs, comme le battement d'un coeur gigantesque qui alimente en énergie la Défense.
Le matin, tous secoués comme des globules humains, chargés d'un oxygène essentiel au fonctionnement de la grande machinerie, nous accourons déverser notre énergie dans les piliers de verre.
Le soir, nous sommes mollement expulsés, renvoyés à nos pénates pour reprendre notre souffle, nous ressourcer, afin de retrouver tout notre potentiel le lendemain et être à nouveau attiré dans le ballet des ventricules de caoutchouc qui se contractent, des ascenseurs qui soufflent, des portes qui sifflent...

Organisme parasitaire nouvelle génération, qui détourne le flux des humains à son profit, collé comme une sangsue métallique à la peau tannée et burinée de Paris.
Organisme parasitaire hautement efficace, qui réussit à éviter la sénescence depuis des années en refusant que l'humanité le pollue. Organisme fascinant, élégant, qui empoisonne les esprits, les trompe et se prétend lieu de vie et d'échange quand on ne fait qu'y déverser; insatiable consommateur d'énergie, d'argent, de temps...
Organisme qui réussit à nous convaincre que les sacrifices que lui consentons sont un faible prix à payer comparé à ce qu'il nous offre; comme nous nous laissons tromper facilement.

Allez, je suis loin d'être malheureux de quitter la Défense, au contraire. Mes collègues et moi parlons de ce départ depuis notre arrivée, une sorte de carotte qui nous faisait tenir au long des longues journées à attendre l'illumination de la Tour Eiffel qui signalait l'heure du départ. Néammoins, un peu de frustration se mèle à ma joie; l'organisme m'a plus resisté que ce que j'avais pensé, érodant ma détermination, refusant de se plier à l'humain.

Au final c'est peut être ce qui m'attriste le plus; l'arrogance de ce lieu créé par les humains, et ou nous sentons pourtant que nous n'avons aucune place. Les dimensions délirantes, l'immensité invivable de ces hectares de béton, de marbre, de glace.
La sombre beauté de la chose, c'est que la Défense parvient à manipuler ceux qui y viennent pour qu'ils se transforment en garants de sa survie; d'une certaine manière, les humains se mettent à agir en anticorps de la Défense. Chaque chose à sa place, un univers bien rangé et bien propre, et pas une tête qui dépasse des autres; la plaque à tag sous l'arche en est une triste preuve.


Ce soir, je prendrai le métro pour une dernière fois. Je regarderai encore un peu la tour Initiale qui a refusé de me dire le secret qui se cache derrière sa lumière dès que le soir tombe. Je regretterai de n'avoir pas parlé de la station de métro qui se cache sous la Défense, oubliée, ni des arbres numérotés pour chaque famille des Tours Shadok...
Bye bye, la Défense. Ca a été intéressant...



Samy,
18 février 2005
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Dans un sympathique effort d'empathie avec mon humeur, le ciel est morne, gris, bas... Je promène une triste mine sur l'allée centrale, après deux refus supplémentaires de me laisser accéder aux hauteurs essuyés dans des tours anonymes. La motivation pour fouiner, déjà absente dans le cadre de mon travail agonisant, me quitte en petits lambeaux au rythme de mes histoires.

Je m'arrète un instant près des boulistes, plus par acquis de conscience qu'autre chose; ils font partie de ces sujets dont j'aurais du parler avant, tant il est comique de voir ces monsieurs très sérieux parfois en costume trois pièces s'accroupir en remontant soigneusement l'ourlet du pantalon loin au dessus de la poussière, avant de lancer d'une détente du poignet un carreau qui tonitrue entre les immeubles.
Je m'insinue dans le cercle, je choisis ma cible. Je prépare mes questions aussi; peut être que ces joueur de pétanque partagent un secret qui leur échappera si j'aiguille la conversation sur la bonne piste. Qui sait, ils organisent peut être un gigantesque concours destiné à déterminer qui est le meilleur d'entre eux chaque année, et le gagnant voit son portrait exposé dans un sous-sol qui m'est resté inconnu? Ou bien y a t'il des grands noms mythiques de la noble activité qui ont marqué de leur empreinte la Défense?

Tout, n'importe quoi, je suis à l'affût de la moindre miette de savoir sur laquelle je pourrais construire une histoire aujourd'hui, tant la grisaille me pèse.
C'est pour cela que je vois l'Indien dès qu'il tourne au coin du batiment; il a l'air perdu et aborde une dame pour lui demander son chemin. L'exotisme qu'il dégage - son teint chocolat, ses cheveux ailes de corbeau, son visage taillé à la serpe, sec comme un coup de trique, barré d'une moustache qu'on devine légèrement huilée - m'auraient déjà attiré facilement à la base, surtout comparé à la compagnie blafarde des joueurs de pétanque.
Mais si je pars presque caracolant jusqu'à lui, c'est à cause de sa tenue vestimentaire qui me semble resplendir en cette sombre journée; pantalon vert bouteille, chemise bordeaux un peu plus rouge que ce que suggèrerait le bon goût, à peine cachée par le manteau noir.

L'ensemble n'est pas laid, loin de là, juste surprenant et rafraichissant pour la journée. J'arrive sur lui, efface d'un grand geste la dame qui tentait de s'enfuir sans paraitre impolie et l'enveloppe dans les plus rassurantes de mes paroles: je me présente, à son service pour le guider ou il voudra, et hardi, sus à l'aventure. Le voilà ravi, et il se retourne pour haranguer quelqu'un resté hors de ma vue.
Je me retiens de bondir de joie lorsque je vois le nouvel arrivant; autant mon premier indien est maigre, autant celui là est ventripotent. Deux indiens! Deux fois plus d'exotisme pour avoir des choses à raconter. Je me prépare à les faire parler au maximum, pour peupler la Défense de saris et d'épices et de vaches sacrées et de cette sage folie qui en Inde semble parfois dicter jusqu'aux actes des plus ternes. Je m'imagine déjà Bollywood sous la Grande Arche alors que je leur demande ce qu'ils cherchent.

Ils me disent vouloir se rendre dans l'entreprise ou je travaille actuellement; l'extase retombe immédiatement. Je les mène sans grande conviction, essayant de ne pas m'emballer trop lors des quelques questions que je leur pose en anglais; ils m'y aident très bien, d'ailleurs, tant leurs réponses sont fades... ce sont des informaticiens, j'apprends avec consternation. Ils dorment au Sofitel. Ils sont là pour quatre jours, et ils ont vu l'Arc de Triomphe...

Lorsque je les abandonne devant l'entreprise, je me sens stupide et un peu honteux d'avoir plaqué tant de choses sur ces deux personnes qui ne voulaient que localiser leur destination. Ce n'est pas parce que je me sens assoiffé que tout doit me servir d'abreuvoir. Pour me punir, je déclare la pause de midi terminée, et pénètre à mon tour dans l'entreprise. Derrière moi, la grisaille ricane et s'abat à nouveau...

De toute manière, l'exotisme, c'est très surfait...
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Tout se passe depuis le début un peu avec une sensation de déjà vu.

Tour Initiale: non, ce n'est pas possible
Tour Total: hors de question
Tour GAN: vous n'y pensez pas
L'EPAD: personne ne vous y autorisera
...
ad nauseam

Partout je me vois refuser l'accès, souvent avec le sourire amusé des hotesses d'accueil devant ce grand gars à l'air un peu fou qui demande à aller soit au dernier étage de la tour, soit carrément sur le toit.
Je cajole, je souris, tente d'enchanter; je propose des compromis: "même accompagné par la sécurité!?". La réponse est nette, niet: on parle de propriété privée ici, pas d'un espace ouvert à n'importe quel badaud qui voudrait se coller le nez sur une vitre pour s'extasier sur une vue en hauteur du parvis.
Je songe un moment à tricher, à tenter un peu de piratage social; vétu d'un costard, d'une mallette et me réclamant d'une quelconque société, je pourrais peut être gagner un étage plus elevé et chiper un aperçu de la vue sans doute superbe qu'on doit avoir de la haut. Mais je n'ai que peu de temps pour réussir mes balades pendant la pause déjeuner, et même si je serais prèt à être accompagné de la sécurité pour visiter le toit, je renacle un peu à les suivre pour une balade potentielle dans les cachots.

J'abandonne donc l'idée d'infiltrer une des tours, et me retourne vers le seul batiment dont le toit soit facilement visitable par un particulier n'ayant d'autre motivation que la curiosité: la Grande Arche de la Défense.

J'ai tenté d'éviter l'Arche depuis le début, sentant confusément que si je lui laissais une place trop tôt, ce serait le signe d'un manque d'inspiration évident. Mais l'approcher maintenant me fait l'effet de vous présenter une vieille amie. L'Arche est le symbole de la Défense, l'image qui saute à l'esprit, la forme qui semble surplomber toute l'esplanade et que le regard ne peut éviter de retrouver au détour d'un bloc d'immeubles.

En résumé: le chroniqueur va arréter de crapahuter à ras du sol et prendre enfin de la hauteur...

Avec deux amis, nous nous approchons des ascenseurs, un peu impressionnés par la structure qui s'élève jusqu'au plafond et s'engouffre dans une ouverture noire.


Lorsque la petite cabine en forme de pilule nous accueille enfin, une femme désabusée en uniforme local rentre avec nous et s'occuppe d'appuyer sur les boutons corrects. La cabine s'élève doucement, sans un bruit. Nous tentons de converser un peu avec la presse-bouton, mais n'avons guère de succès. Qu'importe! Voici l'arrivée, la salle d'art qui héberge quelques artistes. Nous les ignorons royalement et nous jetons à l'assaut des derniers escaliers qui nous ferons surplomber le parvis...

... et là, c'est un petit peu de souffle coupé quand même ...



Tout n'est pas parfait. Nous nous apercevons assez vite que l'accès n'est pas autorisé tout autour de l'Arche, et qu'on ne peut porter le regard que vers Paris. Puis des tours dépassent la Grande Arche en hauteur. Et la vue n'est pas si vertigineuse que cela; nous sommes séparés du bord par deux mètres de béton qui ne serviraient jamais à empécher quelqu'un de déterminé de se suicider...

Qu'importe. Pendant un moment, nous culminons et la Défense est soumise à nos pieds.

Le reste de la visite en devient un peu moins intéressant; oeuvre d'arts bizarres, voire amusantes comme ces personnages esquissés par des losanges, disposés dans des positions pornographiques et qu'il faut regarder avec des lunettes tridimensionelles directement revenues des années 1970, ou ces formes abstraites qui rappellent terriblement des organes sexuels venus d'une race extra-terrestre imaginée par H.R.Giger.
Les gardiens nous coursent dans la galerie en sifflant comme des serpents, éteignant les lumières pour nous faire partir plus tôt. C'est qu'il faut fermer à 19h00 et il est déjà 18h30.
Nous trainons encore quelques instants près du zodiaque géant inscrit sur le sommet de la Grande Arche, et qui réveille en moi des visions occultes de point focal de puisssance, avant de nous faire pousser dans l'ascenseur. La pilule redescend, surgit dans la blancheur des murs de l'arche qui nous coupent encore un peu le souffle...

Une fois descendu, je prends encore quelques photographies. Pas de regrets, il y a tant à voir ici bas aussi...


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Alors que les derniers jours se rapprochent, j'ai de plus en plus de peine à me "souvenir" de la Défense. J'ai même parfois l'impression que rien ne s'y est passé, qu'il ne s'est agi que d'une parenthèse onirique pendant laquelle mes actions n'avaient aucune conséquence sur le milieu ou j'évoluais.

pictures inside )
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Je sais que j'ai beaucoup critiqué, porté un regard plutôt à raz de terre, le nez dans le grossièrement matériel, le bassement physique... Mais la spiritualité existe à la Défense, je l'ai rencontrée!

En effet, au milieu des tours et des magasins, l'Eglise a investi dans la sauvegarde des âmes des costards et des tailleurs. Mais pour ne point les rebuter, elle a décidé de se fondre dans le décor...
Notre-Dame de la Pentecôte est donc une église qui se présente comme un bloc au milieu des blocs, camouflée habilement parmi les batiments environnants. Seule une discrète croix en bois la distingue et annonce le but du batiment. A l'intérieur la même logique prévaut; pas de piliers ici, ni de chaire ostentatoire. La chapelle est cubique, et on se croirait dans une salle de réunion: chaises en contreplaqué d'une élégance norvégienne disposées en U, décorations d'oiseau sur les murs. Même l'autel se montre effacé et on s'attend presque à voir le prètre y exhiber un ordinateur portable au design futuriste.


On sent que cette église se veut moderne et aller de l'avant. Quand j'y rentre pour la première fois, les paroissiens sont regroupés autour d'une guitare et chantent un laïus légèrement gospelisé. Il est surprenant de voir ces personnes - certaines d'entre elles pourraient arborer des dents qui rayeraient le parquet sans grand scrupule - réunies autour de l'amour divin.
Ceci dit, l'église est si attristante, si dénuée de grandeur, que je me demande s'il ne viennent pas plutôt pour trouver une occupation pendant l'heure du déjeuner.

L'église ne s'y trompe pas, d'ailleurs, et elle propose à ses ouailles des réunions de reflexion clairement axées sur des publics très précis, n'hésitant pas à manier l'oxymoron avec talent; on propose ainsi un groupe de reflexion "Groupement Chrétien des Professions Financières", qui se propose de se pencher sur " l'éthique des professions financières" ou " la fonction déontologique dans l'entreprise". On y pose même de vraies questions:
" comment vivre sa foi dans l'entreprise, ce qui est une façon de la proclamer ?
faut-il passer du comportement au discours ? et aller jusqu'à la proposition explicite ?", ce qui laisse réveur quand à la nature de ces propositions explicites...

Au delà de l'aspect fadasse de ce petit batiment, les noms des groupes de réflexion (rebaptisés équipes) semblent tristement prouver que l'église s'est faite phagocyter par son environnement: "Nouvelle Technologie", "Jeunes Cadres", "Métiers de l'Audit".
Et pendant que la guitare joue des airs sans âme dans un lieu qui n'en a guère plus, je regrette un peu la foi raciste et provinciale de ces grenouilles de bénitier qui vous foudroient du regard à la sortie de la messe, le dimanche matin...
L'église n'est plus qu'une nouvelle salle de réunion sur l'esplanade.
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Aujourd'hui, poussé dans mes derniers retranchements par l'écho lancinant que me renvoie mon frigo lorsque d'aventure je passe à ses cotés, je décide d'une pause de midi consumériste et - armé de ce que je persiste à considérer comme une dose de courage suffisante pour toute situation - vais faire des courses au centre commercial de la Défense, les Quatres Temps.


Quatres Temps. Au delà de l'analogie facile et rapidement faite avec les quatres saisons, la mesure est aisée à battre, facile à suivre pour tous les visiteurs; venir, acheter, manger, partir. Les quatres mamelles de cet amas de boutiques dont je n'avais pas vu d'exemplaire depuis bien longtemps.
Cependant nous sommes dans une période spéciale, ne l'oublions pas: c'est la Saint-Valentin, comme se plaisent à nous le rappeller si gentiment les commerces. Pardon, j'ai été un peu trop calme...

C'EST LA SAINT-VALENTIN!!!
Toutes les boutiques de vètements affiches leurs mannequins les moins habillés en posters de quatre mètres sur trois, en se basant sur le bon vieux principe selon lequel ce qui fait bander Monsieur, il l'offrira à Madame. Et si ce n'est pas de la lingerie, peu importe. Des affiches aussi discrètes qu'une chute de piano à queue du quatrième étage rappellent à la gent féminine qu'elles peuvent elles aussi participer à la grande orgie commerciale en offrant un cadeau. Quand aux boutiques qui ne vendent pas de vètements, elles se contentent d'essayer de vendre tout ce qui peut éventuellement ressembler à un coeur. Si c'est rouge et que ça a deux lobes, on le retrouve en bonne place dans la vitrine.

Rien de nouveau sous le soleil, me dira-t'on. C'est partout pareil. La différence est que les gens qui ne sont pas déterminés à gagner la sortie sont venus là pour tuer le temps (lequel?); malléables à toute forme de persuasion, ils sont orchestrés en ballet complexe par la Voix.
Cette dernière interrompt parfois la muzak uniformément désincarnée pour annoncer telle ou telle vente "Flash", période pendant laquelle un magasin propose des articles à un prix vaguement réduit. Lorsqu'une telle annonce se fait entendre, les masses se déplacent, et on aperçoit des courants se dessiner en direction du magasin qui propose l'offre inespérée. Puis les mouvements se précisent et il faut parfois se presser contre les murs pour échapper à une meute attirée par l'odeur de "promotion" fraiche à l'autre bout du centre commercial.

Je parviens enfin à incarner la Voix lorsque je repère un petit monsieur, bien vétu et un micro sans fil à la main, caché sous un escalier pour échapper aux flots de personnes qui passent autour de lui. Il parle d'une voix enjouée que contredit son air affaissé, pendant qu'il fixe d'un air vague des boutiques vides de clients; à l'intérieur les vendeurs attendent patiemment, sachant que leur tour viendra de bénéficier des attention de l'orchestration soigneuse et scriptée de la Voix.
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Il est étrange de constater à quel point le fonctionnement en grands ensemble qui se chargent de materner leurs employés change le degré d'importance des informations échangées entre humains.

Quand on ne parle pas boulot, on n'évoque pas non plus les possiblités de déjeuner à l'extérieur, mais plutôt les plats disponibles à la cantine de midi; on s'échange les bons plans machine à café, qu'au septième étage il y a du Coca Light et des barres de céréales aux noisettes. Plus que des sorties culturelles proposées par le Comité d'Entreprise, on débat des mérites du journal gratuit distribué dans le métro et de l'horaire auquel il faut prendre l'ascenseur (et lequel) pour optimiser la descente après laquelle on pourra se glisser dans la station de métro et rentrer chez soi.
Ca pense petit, parle petit, jouit petit, orgasme buccal acheté vite fait dans un distributeur, ou trouvé dans la gratuité d'un service inutile...

L'autre soir, le nez dans un bouquin, je marche en direction d'un retour bien mérité dans mes pénates quand un groupe d'hommes se porte à ma hauteur. Bien habillés, jeunes, le rire gras de celui déjà confit dans ses idées qui les secoue tour à tour alors qu'ils discutent des mérites des culs respectifs de telle ou telle secrétaire. Mais d'un seul coup, le sujet change, et l'on redevient sérieux: "Ben y'a des fois au septième c'est super pratique, et il y a rarement du monde.
- T'as déjà été du coté de la Direction?
- Bordel oui, ils s'emmerdent pas quand même. C'est super grand.
- Par contre, il faut pas aller au sixième, là c'est dégueulasse. Les mecs c'est des porcs, ils pissent tout le temps à coté de la cuvette!"

Je m'arrète net, et le groupe poursuit sa route pendant que je retiens un rire légèrement nerveux et incrédule. Entre deux commentaires libidineux ces messieurs bien propres sur eux s'échangent les tuyaux sur les meilleurs lieux ou vider les leurs.
Je m'étonne un instant de ce qu'ils n'aient pas abordé le sujet du meilleur papier, ou du meilleur matériau pour trôner, mais après tout, il faut bien garder des sujets de conversation pour les prochains jours...
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Aujourd'hui sur l'esplanade une sorte de brume plane, colorée de soleil levant. L'arrivée en métro déclenche une exclamation; les tours reflètent de superbes couleurs, une sorte d'illumination qui me fait béer d'admiration. La lumière joue dans les canyons de glaces de manière irréelle.



Une agitation sourde parcourt la foule qui sort du métro lorsque celle ci arrive en plein soleil. Les mines se défripent, on s'ébroue vaguement. Il y a dans l'air une pétulance, un pétillement qui frappe l'esprit... V'la le soleil, je me dis, étonné quand même un peu de ce brusque changement dans les mines de mes co-exilés.

Ce n'est qu'à midi que je réalise; il n'y a pas que le soleil qui fait sourire les gens autour de moi. C'est plutôt la douceur, revenue un peu tôt: on se met à se pavaner dans un rayon de lumière, la veste négligemment jetée sur le bras, la jupe qui a fait un brusque sursaut au dessus du genou, le regard trainant un peu plus sur les autres qui se découvrent aussi. On ralentit le pas, on regarde autour de soi, on prend du temps... Les Défenseurs se mettent à penser au printemps!
Ils n'en sont pas encore à bronzer sur l'esplanade comme cela viendra cet été, mais les bancs sont un peu plus occuppés. Les visites du site internet glacial de rencontres spécialisé sur la Défense descendent sans doute en chute libre. On y préfère aujourd'hui les marches sous l'Arche, poste idéal pour consulter le grand catalogue des travailleurs de la défense qui passent sous les yeux attentifs, à la recherche de la personne qui pourrait nous faire frémir.



Quelques couples s'affichent même dans le parc au statues atroces, oublieux de ces idoles squameuses qui les regardent, inertes et bêtes.

Toute la Défense rosit de plaisir alors que ses forces vives se mettent à flirter entre ses tours complices.
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8h58: dans le métro qui fonce vers l'Esplanade, tout excités, une bande de jeunes bavardent à grands éclats de voix dans ce qui me semble être du latvérien, du sprochniak, ou une de ces langues des pays de l'est que je ne maîtrise pas du tout. Assise au milieu du groupe, une dame un peu agée relève les yeux d'un plan de la défense et de ce qui me semble être un itinéraire de visite.

13h21: le groupe de touristes japonais fonce en une masse compacte vers l'axe central de l'avenue et s'arrète pile au moment ou il y parvient. Immédiatement, des japonaises souriantes se font photographier encadrées dans l'Arche. Tout le monde mitraille tout autour, le groupe désormais hérissé de minuscules appareils numériques...

19h02: La gamine se fait elle aussi prendre en photo devant l'Arche par ses parents; puis ceux-ci regardent l'écran LCD qui illumine pâlement leur visage: "C'est sombre, mais on te reconnait...". Puis tous s'en vont en flânant jusqu'au centre des Quatres Temps ou ils s'engouffrent. J'imagine qu'ils vont trouver un restaurant avant de retourner à l'Hotel et continuer leur visite de Paris...

L'EPAD ne sait même pas combien de touristes viennent chaque jour visiter la Défense, mais un simple coup d'oeil alentours montre qu'au milieu des ouvriers qui viennent alimenter la ruche, on décèle les vacanciers, les flâneurs, les nez-en-l'air; qui a son appareil photo vissé à l'oeil, qui est plongé dans un guides touristiques ou une brochure de l'EPAD.
En fait, pour déceler le touriste, il suffit de trouver celui qui s'émerveille; celui qui ne peut s'empécher de béer d'admiration devant les tours-miroirs, devant les statues métallisées et les passerelles aériennes.



Ils viennent voir la Grande Arche, les tours, ou plus simplement le centre commercial. Ils viennent admirer les tours Aillaud, ou visiter le CNIT. Certains japonais viennent même fouler symboliquement le sol que traversa l'empereur Hiro-Hito.

Les touristes sont ceux qui prennent le soin de faire vivre l'esplanade pendant que nous sommes tous enfermés dans les bureaux...
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On ne m'otera pas l'idée que certains sculpteurs qui ont été amenés à décorer l'esplanade de la Défense de leurs oeuvres sont profondément atteints, bavent parfois en parlant d'angles cyclopéens, lunes gibbeuses ou angles non euclidiens, et que l'on garde les couverts coupants loin de leur plateau repas à l'asile.

On ne me fera pas croire qu'aucun d'entre eux n'a hérité un jour d'une maison à Arkham, n'entend pas des rats grignotter dans les murs, ou ne tient pas de journal intime dont la dernière entrée consiste en un "je les entends approcher, Dieu me prot..." gribouillé à la hâte.

A la rigueur, je veux bien croire qu'une partie d'entre eux n'ait aucun goût, car décorer ce qui se veut un parc agréable de tête inspirées de H.R.Giger a exactement le but recherché: personne ne veut y aller...



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Malik se glissa péniblement dans l'ombre entre deux tuyaux qui gouttaient à s'en vider. Il essuya nerveusement le filet d'eau qui s'était égaré sur son visage et avança dans le boyau sombre qui s'étendait devant lui. Il fit flasher quelques instants sa lampe pour voir ou il se dirigeait et l'éteignit rapidement après avoir constaté qu'aucun obstacle ne le ferait trébucher dans les prochains mètres. C'était comme ça qu'il fallait faire tenir les lampes; sous prétexte qu'ils étaient étrangers, le contremaître leur filait les boulots les plus chiants, les plus merdiques, et le matériel le plus pourri pour ne pas détonner dans les conditions de travail.

Ca il était loin le moment ou il avait embarqué pour la France et pour un travail copieusement rémunéré; qu'ils attendent, il avait dit à ses amis restants sur place, alors qu'ils regardaient le soleil se coucher sur le Caire, et ils verraient quand il reviendrait comme il serait riche et qu'il achèterait une maison. Inch'allah, répondaient ses amis en riant.

Il avait vite déchanté en arrivant à Paris pour travailler sur les chantiers de la Défense. En France, on avait pas de pétrole, mais on avait des idées; faire trimer les autres en leur crachant bien dans le dos par exemple.

Il ralluma la lampe et avança encore un peu. Le ronronnement sourd des machines au loin le fit sourire un peu. On était loin du silence des galeries des Pyramides; là-bas, juste l'essoufflement des touristes lorsqu'il avait aidé son cousin à les guider dans les couloirs sombrement mis en valeur par la torche, et le raclement des pieds sur le sol.
Dans cette pyramide moderne qu'était la centrale d'énergie de la Défense, le CLIMADEF, même la forme tronquée était ratée, et il ne pensait même plus au reste; sous le crachin alors que dans ses souvenirs le soleil brillait sur les pierres, noire alors que lui se rappellait de ses pyramides couleur de miel pâle, et chaude comme le ventre d'une femme alors que les soupirs des Pharaons glaçaient les couloirs.

Un coup de lampe. Avancer entre les deux tuyaux qui suffoquent sous la pression. Un coup de lampe, la première intersection à gauche. Un coup de lampe. Les lueurs vertes du panneau de contrôle qui se devinaient devant lui... et disparurent à peine il avait éteint la lampe.
Merde! Ca faisait combien de temps que personne était venu vérifier ce panneau de contrôle? Si le truc venait de claquer devant lui, il allait devoir repartir en arrière pendant au moins cinq cent mètres, expliquer au chef pourquoi il avait besoin de matériel de rechange, et revenir ici. Normalement des types étaient censés venir vérifier ça régulièrement, mais avec sept kilomètres de galeries en sous-sols, y'avait pas toujours moyen de vérifier que le boulot avait été fait et que le type s'était pas foutu dans un coin peinard pour s'en griller une.
Malik ralluma la lampe et balaya la galerie devant lui. Pas le moindre panneau de contrôle... il cligna des yeux et essuya son front dégoulinant de sueur. Ca c'était la fatigue, ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait... Le panneau devait être plus loin, tout simplement. Au moment ou il éteignait la lampe, il vit briller les lampes plus loin dans la galerie. Elles disparurent à leur tour à peine l'obscurité fut revenue.

Malik se figea. Et écouta alors que les gouttes pleuvaient à petits pas autour de lui. Aucun bruit autre que le sourd ronronnement ne lui parvenait. Non, c'était la fatigue... il était debout depuis 3h, c'est tout. Il alluma... et n'éteignit pas pour avancer. Le panneau ne devait plus être très loin, pas la peine de prendre le risque de le rater, hein... Après quelques mètres, Malik ne quittait plus des yeux le cercle lumineux qui se balançait au rythme de ses pas.
Il ne sursauta même pas quand les lumières vertes et rouges apparurent à nouveau au loin juste après le virage. Par contre il fit un pas en arrière alors qu'elles se disparaissaient en se glissant doucement sous les tuyaux qui bordaient le passage.

Non, ce n'était rien; il n'était pas dans une vraie pyramide. Pas de malédiction à craindre ici, pas de gardiens mystérieux dont on chuchotait l'existence entre gamins excités, pas de ces moments ou le vent semblait crier des avertissements à ceux qui bravaient les étroits boyaux ou on ne pouvait se faufiler qu'en rampant!
Il venait d'avancer encore un peu lorsqu'un cri horrible, lancinant, gonfla dans la galerie au devant de ses pas. Un cri qui commença comme une plainte sourde pour s'élever dans le silence, sauvage, meurtrier. Un cri qui fit presque lâcher la lampe à Malik. Il raffermit sa prise dessus et se retourna dans le couloir pour repartir en arrière; tant pis pour le chef, tant pis pour l'engueulade, il n'avançait plus la-dedans, lui!
Il se mit à courir lorsque s'étant retourné, sa lampe révéla la dizaine de points verts et rouges qui semblaient l'espionner dans le lointain, et que les cris recommencèrent tout autour de lui...

(vers 1965, dans les 7 kilomètres de couloirs de CLIMADEF, on découvrit que des chats avaient proliféré par centaines dans des conditions idéales de chauffage et de protection. Laissés libres, il revinrent à un état sauvage et dangereux pour les équipes d'entretien. La SPA fut appellée pour évacuer les animaux)
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" Aucune histoire, aucune légende?
- Non, mais vous pouvez lire ce petit livret qui contient des anecdotes..."

L'histoire de ce petit garçon que sa mère emmenait avec elle à son travail, et qui restait jouer sur l'unique aire de jeu que j'ai trouvé sur l'esplanade. Un jour le gamin disparut sans laisser de traces dans un des sous-sols de la tour ou sa mère travaillait. Après de longues recherches, tout espoir de le retrouver fut abandonné. Cependant, la nuit il arrive que des passants sur l'esplanade entendent le grincement du cheval de l'aire de jeu, le trouvant vide lorsqu'ils s'approchent, se basculant encore légèrement d'avant en arrière.


Ou cette silhouette qui traverse la passerelle des miroirs tous les jours à la même heure, dont personne ne peut voir le visage et qui semble s'évaporer à peine hors de vue.


Et la terrasse du batiment Coeur Défense. Lorsqu'on y monte, on y découvre une vue sur un étrange batiment au milieu des tours, de forme conique, que personne ne peut retrouver une fois revenu au niveau de l'esplanade. Ceux qui ont une bonne vue prétendent que sur le batiment d'étranges inscriptions semblent être gravées, et que des silhouettes insolites se déplacent autour.

Il y a aussi les formes blanches que les éboueurs voient s'enfuir lorsque les phares de leur benne éclaire les zones les plus reculées du réseau souterrain, et qui semblent se tenir sur leurs deux pattes arrières, et dont la seule trace est le tapotement de leur course dans le noir. On dit aussi que certaines nuits, lorsque la lune est nouvelle, les automobilistes qui vont chercher leur voiture un peu tard entendent ces tapotements derrière eux. Personne ne les a jamais vus de près. Du moins, personne n'est revenu le dire...

Et les étranges gargouillis que l'on entend dans l'écho de certaines cages d'escalier; les empreintes de main sur les fenètres du 27ème étage de la tour Total, à l'extérieur des vitres; les platanes de l'esplanade qui semblent étrangement vivaces, bien plus que leur congénères plantés en pleine terre....

Pas une de ces histoires est vraie. Alors que la Défense fournirait un terreau fantastique pour les légendes urbaines, je n'ai pas été capable d'en retrouver une seule, ce qui titille ma curiosité. Alors que les humains ont toujours été capable de trouver un exutoire à leur foi avec des contes de veillée, les sombres déités qui les entourent ici semblent avoir dévoré leur capacité à imaginer...


Oh... j'ai menti sur un point. L'histoire des platanes est vraie. Cependant aucune interprétation mystérieuse ne semble être connue. La Défense reste un lieu de lumière sans cauchemards...
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Elle se dresse de toute sa hauteur, mais cela ne suffit lui pas à éclipser les gigantesques statues qui l'entourent. Les tours la moquent, le regard passe sur elle sans presque s'arréter tant elle parait banale, petite, d'aucune mesure avec le gigantisme qui l'écrase de toute part.

Depuis 1883 elle tente de commémorer une guerre passée. Elle ne doutait pas de son symbolisme, de la mémoire qui allait la respecter pour toujours, et aujourd'hui tout le monde l'ignore. Son regard sérieux, sa mine décidée, elle fait face. N'est-elle pas armée? N'est-elle pas fière? Pourquoi aucun regard?

Il faut dire qu'elle n'est pas aidée. Alors que les autres se pavanent sur l'esplanade, elle prend son élan des profondeurs, pied à pied avec les voitures et une banale cantine. Difficile de lutter dans ses conditions.
Et dire qu'elle a donné son nom au quartier qui s'élève vers les cieux en la dédaignant... les traitres...

La statue est déterminé. Au milieu de son vide elle fait une sécession silencieuse. La "Défense de Paris" reste droite au milieu de ceux qui vendent leurs âmes pour acheter des corps.

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Il y a parfois des moments magiques à la Défense, ou tout semble combiné pour arracher un sourire au passant qui prète un peu attention.

Attirées par les reflets, les mouettes cessent parfois de survoler la Seine pour taquiner la surface des bassins répartis sur l'Esplanade. Elles criaillent, mendiant ça et là quelque bout de pain, ou un bout de panini, ou n'importe quoi qui se mange, vraiment; voler donne froid, particulièrement aujourd'hui ou le bassin est gelé par endroit, avec une fine couche de glace qui dessine une géographie visible uniquement par les mouettes insolentes.
Les gens qui sont venus regarder le bassin gelé prennent pitié, et jettent sur la glace des bouts de pain. Des mouettes s'en saisissent et fuient immédiatement au loin pour pouvoir profiter tranquillement de la provende inespérée.
Mais il existe chez les mouettes comme chez les humains une espèce toute particulière d'individus dont la vie ne peut être épicée qu'en spoliant l'autre. Le goût de leur nourriture est meilleur si elle a été arrachée au bec voisin.
Des course-poursuites de mouettes s'organisent donc; celle en-tête étant génée par le bout de pain, elle se pose sur la glace en dérapant sur une belle longueur et se fait rattrapper par sa poursuivante qui s'empare alors du crouton convoité. Elle se retrouve alors génée à son tour et le ballet recommence, ad vitam aeternam.

Des fois cependant, les mouettes se posent sur la glace en des lieux ou elle n'est guère épaisse. On les voit alors brusquement disparaitre sous les flots, l'oeil écarquillé de surprise et le bec ouvert sur un cri qui lâche le morceau de pain. Elles réapparaissent quelques fractions de secondes plus tard, et retournent chercher un autre bout de pain. Le manège creuse des trous partout dans la glace, qui affaiblissent petit à petit toute la surface.
Oublieux des leçons des mouettes, des humains tatent la croûte de glace du pied.
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L'équipe dont je fais partie, et qui essaye actuellement d'inculquer suffisament de notions à une autre équipe pour que cette dernière puisse reprendre notre travail, est considérée comme une ressource intéressante dans la niche écologique ou nous nous trouvons.
Aussi il est normal que notre petite troupe ait attiré des prédateurs naturels de cet environnement, de même que le troupeau de buffles attire les lions auprès du point d'eau.

Dans notre cas, nous attirons plutôt d'étranges hyènes; la hyène de la Défense est reconnaissable à plusieurs points. D'abord elle est toujours habillée d'un costume qui - même s'il n'est pas toujours bien taillé - indique une tentative notable d'impressionner. cette volonté est appuyée par un nombre affolant de gadgets que la créature exhibe aussi souvent que possible.
Par ailleurs, la hyène sourit toujours. Ou plutôt elle montre ses dents, ce qui ne laisse de nous inquiéter lorsque l'une d'entre elle approche.
Enfin, avec la patience sournoise si typique à ces créatures, elle tente d'attirer l'élément le plus faible hors du troupeau pour pouvoir lui asséner le coup de grâce en toute tranquilité.

Les attaques contre nous ont commencé de manière discrète, par de petits compliments sur notre travail par exemple. Une hyène croisait l'un des notres dans les couloirs et tentait de l'entrainer dans une discussion ou elle se révélait fascinée par la complexité de ce que nous avions fait. En général, avec une bonne humeur toute ruminante, nous prenions ces gentillesses avec un détachement assez grand.
Puis les hyènes ont voulu s'inviter à nos repas. Elles tournaient autour de nous arrivée l'heure du déjeuner, attendant le moindre regard dans leur direction qui leur permettrait de s'introduire alors dans le groupe.
Les choses sont allées trop loin lorsqu'une hyène particulièrement entreprenante a acculé l'un des notres dans un ascenseur et lui a jappé à l'oreille qu'elle était impressionnée. Lorsqu'il demanda pourquoi, notre compagnon s'entendit répondre que c'était parce qu'il avait "assorti son t-shirt à la couleur de ses yeux".
Depuis, nous avons fait comprendre aux hyènes que leurs plus beaux discours et propositions ne nous attireraient pas dans leur griffes.

La Défense est une jungle, les commerciaux en sont les prédateurs, les humains le gibier.
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Il fait froid ces derniers jours sur la Défense. L'appel de la cantine se fait d'autant plus puissant qu'elle est à quelques mètres de l'entreprise. Cependant le soleil faufile entre les immeubles des rayons qui semblent suffisament chaud. Je tente la sortie pour aller voir quelques unes des sculptures qui parsèment la Défense, et essayer de trouver enfin cette maudite église qu'on vante comme intéressante architecturalement...

...et le regrette amèrement quelques minutes plus tard, lorsque le froid a réussi à trouver l'entrebaillement du vètement, la manche un peu large, les doigts mal cachés dans les poches.
Mais malgré le froid, toutes sortes d'activité battent leur plein. Une armée de personnes frappent vivement l'esplanade du pied, sortis sans doute appatés par le soleil eux aussi. Les gens mâchent un sandwich, discutent, achètent... Des activités typiquements humaines.
Sur les immeubles alentours, l'autre espèce présente fait preuve de plus de discernement; on distingue en effet des brochettes immobiles de pigeons surgelés, roulés en boule duveteuses, le bec soigneusement plaqué sur le poitrail.

C'est alors qu'elle apparait. Une femme dans la quarantaine, habillée de gris et de rouge. Elle va se placer au milieu d'un cercle de gazon qui se trouve en plein milieu de l'esplanade et fouille dans son sac. L'agitation commence à se faire sentir alentour; quelques boules se déplient et tombent jusqu'à ses pieds.
Sans un regard autour d'elle, en gestes précis, elle sort de son sac un paquet de riz qu'elle brandit avant de le crever. Le riz s'écoule. Les brochettes déploient des ailes engourdies et s'élèvent jusqu'au centre du cercle de gazon. La femme s'écarte du centre, laissant la place aux pigeons, et commence à tourner en cercles autour du troupeau de volatiles. Ces derniers ne désirant pas laisser échapper leur repas, se regroupent de plus en plus. Les cercles de la femme continuent, jusqu'à ce que le paquet de riz soit vide. Elle le range alors et repart d'un pas vif sans se retourner une seule fois.

Je reste regarder la transformation. Les pigeons baissent de moins en moins souvent la tête, et reprennent peu à peu leur forme de boule, sans retourner sur les immeubles. Après quelques minutes, on ne voit presque plus la différence avec une des innombrables autres sculptures de l'esplanade. "Boules grises sur fond vert", composée de gazons et de pigeons en hyporthermie. Je reprends ma route d'humain et décide d'aller acheter quelque chose.
Lorsque je repasse vingt minutes après, les pigeons sont toujours là. Je pense en repartant travailler qu'ils resteront ainsi jusqu'au soir, et que demain cette femme recommencera une nouvelle composition vivante sur le cercle de pelouse.

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